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Contents
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- Tentative du Japon en vue de « normaliser » la CBI
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4. Le nœud gordien
L’état actuel de la controverse sur la conservation des baleines peut être résumé le plus simplement possible de la façon suivante :
Un groupe important de pays qui détient actuellement la majorité des votes à la CBI, soutient le maintien du moratoire sur la chasse baleinière commerciale comme étant, d’après le droit international, une décision légitime et nécessaire entièrement compatible avec le principe prévoyant que les politiques et la prise de décisions aient une base scientifique. Ce groupe de pays pense que la conservation et la gestion des baleines doivent prendre en compte toutes les utilisations, y compris les utilisations non-létales (telles que l’observation des baleines à des fins touristiques et/ou éducatives) qui peuvent être fondamentalement compromises, disent-ils, par les utilisations létales. Selon ce groupe, les politiques doivent également prendre en compte tous les impacts potentiels affectant les baleines et pas seulement les abattages directs. D’après cette école, les impacts potentiels du changement climatique, les changements affectant les écosystèmes marins engendrés par la surpêche, la pollution acoustique et les collisions avec les navires engendrées par l’augmentation du trafic maritime, militaire et de loisir, l’enchevêtrement des cétacés dans les filets de pêche, la concentration des polluants organiques persistants et des métaux lourds dans la chaîne alimentaire, et d’autres menaces similaires s’ajoutent aux impacts de la chasse.
A l’opposé, le groupe de pays contraires au maintien du moratoire sur la chasse baleinière commerciale (actuellement en minorité au sein de la CBI) affirme que le moratoire était par définition destiné à être une mesure temporaire, et qu’il faudrait autoriser la reprise de la chasse baleinière parce que certaines populations de baleines montrent des signes de récupération, et que d’autres ne sont d’après eux pas en danger. Ceux-ci affirment également que la chasse baleinière et l’observation des baleines à des fins touristiques ne sont pas des activités mutuellement exclusives.
Comme il a été noté précédemment, certains pays ont détourné le moratoire pendant de nombreuses années en utilisant plusieurs moyens tels que les réserves au moratoire (CIRCB, Article V), et la mise en œuvre de programmes létaux de recherche sur les baleines (CIRCB, Article VIII). Ces captures de baleines sans aucun contrôle international mettent en danger l’autorité de la CBI, et celle-ci continuera probablement à s’affaiblir si rien n’est entrepris pour résoudre cette situation.
La question de la conservation des baleines soulève beaucoup de questions éthiques telles que celle de savoir si les baleines doivent principalement être considérées comme une ressource alimentaire, ou si elles ont des qualités spéciales (intelligence, comportements sociaux complexes, etc.) qui justifient l’attribution d’une valeur intrinsèque pour laquelle elles méritent d’être vénérées et préservées au delà de toute considération économique. Un groupe de pays a-t-il le droit d’imposer ses valeurs aux autres, surtout pour ce qui touche aux habitudes culinaires ? Quelqu’un peut-il posséder un droit de propriété sur les baleines dont la majorité vivent dans les eaux internationales ou transfrontalières, et le droit de les tuer quitte à compromettre le droit d’autres entreprises à en bénéficier à d’autres fins, comme l’observation à des fins touristique par exemple ? Et si oui, qui dispose de ces droits ? Quel seuil la CBI doit-elle viser pour la capacité de récupération ? Est-il possible à un moment donné de considérer qu’une espèce ou une population s’est suffisamment récupérée de la surexploitation passée, en gardant à l’esprit qu’il est (au moins dans la plupart des cas) impossible de revenir aux niveaux initiaux pré-exploitation ? Qu’en-est-il de l’équité et des traitements différentiels qui selon certains pays sont appliqués à la CBI ? Par exemple, certains considèrent que le fait de différencier la chasse aborigène de subsistance et la chasse commerciale reflète une attitude condescendante, voire même raciste, alors que d’autres affirment au contraire qu’une telle séparation est motivée par le désir d’éviter la discrimination et de respecter les populations indigènes. Et qu’en-est-il des considérations sur la souffrance et le bien-être animal ? Et des droits et obligations intergénérationnels, en particulier le prix que les générations futures paieront pour la gestion défectueuse exercée par les générations passées et présentes sur les ressources naturelles ? Toutes ces questions sont valides, et elles peuvent susciter des réponses très différentes selon le camp dans lequel on se trouve. D’où la question : la barrière qui sépare les deux camps doit-elle être éliminée ?
Au carrefour entre les questions éthiques et la gestion des pêcheries se trouve également la question de savoir s’il serait acceptable d’abattre les baleines afin d’augmenter les rendements des pêcheries. Par exemple, dans un mémorandum distribué de façon informelle en marge de la 60ième réunion annuelle de la CBI à Santiago du Chili en juin 2008, la délégation japonaise a argumenté en faveur de « la réduction possible des populations de cétacés comme faisant partie de la gestion écosystémique visant à augmenter les rendements des autres pêcheries. » A l’opposé, plus récemment le 4ième Congrès Mondial de la Nature organisé à Barcelone en octobre 2008 par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature et des Ressources Naturelles (UICN) a « reconn[u] que les grandes baleines ne jouent aucun rôle significatif dans la crise actuelle qui affecte les pêcheries globales. »
La question de savoir si le droit de chasser les baleines ou l’obligation de les protéger prévaudra au bout du compte reste une question ouverte. Comment et si un équilibre peut être trouvé également. Ce qui est clair c’est que la solution n’arrivera pas par la contrainte mais par la persuasion.
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