Introduction et Informations de Base
Le Groupe Pew Environnement m’a demandé de
présider une Commission composée de 13 personnes éminentes ayant une expérience
vaste et considérable dans le domaine du droit international, de la politique,
et de la gouvernance environnementale, et chargée de débattre et de faire des
recommandations sur l’avenir de la conservation des baleines, de la chasse
baleinière et de la Commission Baleinière Internationale (CBI). La Commission
s’est réunie à Lisbonne du 9 au 10 février 2009 au siège de la Fondation
luso-américaine. Elle a bénéficié de l’assistance offerte par la présence de 25
observateurs provenant de gouvernements, du monde académique et de la société
civile. Les membres de la Commission venaient de nombreux pays à travers le
monde (voir l’Annexe 1 ci-dessous) même si nous aurions préféré avoir des
membres provenant de chacun des pays pratiquant actuellement la chasse
baleinière autour de la table avec nous.
La réunion de la Commission était la troisième
rencontre de la sorte organisée par le Groupe Pew Environnement. Les réunions
précédentes organisées à New York[1] et à Tokyo[2] étaient de nature plus exploratoire. Certains des participants à Lisbonne ont
exprimé leur inquiétude vis-à-vis de la possible utilisation du mot
« commissaires » pour désigner les membres de ce groupe puisque
celui-ci suggère un caractère formel et une autorité pour la négociation pouvant
être perçus comme une réplique de la CBI. Cependant, le mot
« Commission » a été utilisé pour communiquer le désir d’aller
au-delà des discussions exploratrices, pour formuler des recommandations et des
propositions concrètes sur la voie à suivre pour avancer. Comme le juge Neroni
Slade l’a déclaré dans son rapport sur le symposium de Tokyo :
Il y a des
moments au cours de l’histoire où les solutions semblent être à portée de main.
La tenue de ce symposium me donne raison de penser qu’il est possible de
suggérer que nous en sommes aujourd’hui arrivés là pour les baleines. Une porte
est certainement en train de s’ouvrir.
Le but de la Commission Pew sur les Baleines
était de faire quelques pas pour franchir le seuil de cette porte.
La réunion de Lisbonne a été organisée quatre
semaines avant la réunion intersession de la CBI devant se tenir à Rome du 9 au
11 mars 2009 pour débattre de l’avenir de la CBI. La réunion de Rome examinera
les options préparées par un Petit Groupe de Travail (Small Working Group ou
SWG) sous la direction de l’Ambassadeur Alvaro de Soto dont le rapport a été
publié le 2 février 2009. La Commission Pew sur les Baleines a accueilli
favorablement l’esprit de changement que ce processus reflète. Elle a également
exprimé l’espoir que les délibérations de Lisbonne puissent contribuer à cet
élan et servir de contribution supplémentaire utile lors de la réunion de Rome.
Ceci étant dit, l’importance de garantir l’ouverture des travaux du SWG a
également été soulignée. Tout en étant consciente de la nécessité de négocier
dans une atmosphère de confiance et de sérénité , la Commission Pew a néanmoins
demandé à ce que la transparence soit davantage prise en compte y compris au
niveau de l’amélioration de l’implication de la société civile, et de la
nécessité de prendre complètement en compte les conclusions, les vues et les
opinions du Comité Scientifique de la CBI dans l’élaboration des solutions.
Comme les Organisations Non-Gouvernementales (ONG) de tous bords informent et
influencent les débats sur la chasse baleinière, il est difficile d’envisager
qu’une résolution crédible et durable puisse aboutir sans leur participation et
leur soutien. Les obstacles à la contribution des ONG suscitent leur méfiance
et la poursuite de leurs campagnes avec comme résultat l’affaiblissement de
l’aboutissement des efforts de la CBI.
Ce rapport, rédigé en ma capacité de
Président, présente mon résumé des discussions et des points d’accord en ayant
résulté. Le Bulletin des Négociations de la Terre, dont l’équipe de
rapporteurs était présente à Lisbonne, a également publié un compte rendu de la
réunion indépendant. Celui-ci est accessible au lien URL suivant : http://www.iisd.ca/ymb/whales/pew3/.[3]
La liste des participants et des observateurs,
l’ordre du jour et les documents d’information disponibles à Lisbonne sont
également accessibles au lien URL suivant : http://www.pewwhales.org/pewwhalescommission/fr-index.html
La liste des présentations d’experts faites à
Lisbonne avec les liens URL conduisant à chacune d’entre elle sur le site
Internet du programme de conservation des baleines de Pew se trouve à l’Annexe
2 ci-dessous.

De gauche à droite: Professeur Mario Ruivo (Portugal); Madou Diagne Fada Vice-président de l’Assemblée Nationale, (Sénégal); M. Barry Cohen (Australie); M. Juan Mayr (Colombie); Juge David Anderson (Royaume Uni); Mme. Madeleine de Grandmaison (France/Martinique); Ngoné Ndoye Sénatrice (Sénégal); M. Rémi Parmentier (Groupe Pew Environnement); Dr. Peter Bridgewater (Australie/RU). |
La composition de la Commission Pew sur les
Baleines, en tant que groupe, reflète une grande gamme d’opinions. Il a
toutefois été possible de trouver un accord global sur la plupart des questions
et des perspectives, et sur les moyens à utiliser pour s’accorder sur des
solutions réalisables dans l’avenir. Seulement dans des cas isolés un consensus
unanime sur le choix d’une voie unique pour avancer en tenant compte de toutes
les préoccupations des participants n’a pas étépossible . La réunion s’est
déroulée dans un excellent climat, dans une ambiance et avec une approche
positive tant de la part des membres de la Commission Pew que des observateurs.

De gauche à droite: M. Rémi Parmentier (Groupe Pew Environnement); Dr. Peter Brigewater (Australie/RU); M. J. Charles Fox (Groupe Pew Environnement); M. Charles Buchanan (Fondation Luso-Américaine); Jim McLay (Nouvelle Zélande); Ambassadeur Nobutoshi Akao (Japon); Gouverneur Parris Glandening (Etats-Unis); Elizabeth Thompson, Sénatrice (Barbade); Mme. Yolanda Kakabadse (Equateur); M. Kliopate Tavola (Fidji). |
Résumé des Débats
L’Honorable Humberto Rosa, Secrétaire d’Etat à
l’Environnement du Gouvernement du Portugal, a ouvert la réunion de la
Commission. Etant l’hôte de la prochaine session annuelle de la CBI devant se
tenir à Madère en juin 2009, son désir clair de s’engager à contribuer à la
résolution de la question a été très apprécié. J’attire en particulier
l’attention sur cet extrait de son discours :
Je pense que la
voie pour avancer à la CBI nécessitera l’implication accrue des politiciens –
des politiciens au niveau ministériel. Pour vous faire part de ma propre
expérience au niveau des négociations sur le changement climatique, quand j’ai
agi en tant que négociateur en chef de l’UE lors de la Conférence de Bali en
décembre 2007 alors que le Portugal avait la Présidence de l’UE, j’ai pu voir
comment les pays représentés par des négociateurs expérimentés étaient, après
un certain point, incapables d’avancer davantage sur la définition de la voie à
suivre. Les négociateurs expérimentés sont bien formés pour défendre leur
position et contrecarrer les positions des autres. En agissant de la sorte, ils
ont tendance à venir « gâcher » toute approche qui émerge quand
celle-ci n’est pas compatible avec leur mandat. Par contraste, les pays
représentés au niveau ministériel pouvaient plus facilement, jusqu’à un certain
point, saisir les solutions politiques intermédiaires et contribuer au succès
[des négociations]. J’anticipe qu’il se produira vraisemblablement la même
chose à la CBI. J’encourage donc nos collègues les ministres des pays de la CBI
à essayer cette marche à suivre en venant à Funchal en juin prochain pour créer
des chances de consensus et de succès.
Mes observations sur les éléments principaux
issus des débats ayant suivi sont détaillées ci-dessous :
La question de la chasse baleinière, comme
d’autres questions complexes, pourrait avoir atteint un seuil où les
négociateurs expérimentés ont des difficultés à progresser plus avant sans une
implication politique. L’implication des décideurs politiques de haut niveau a été identifiée par de nombreux participants comme nécessaire pour faire
avancer les négociations à la CBI jusqu’à une résolution finale. Il a été
proposé, conformément aux déclarations du Secrétaire d’Etat Rosa lors de
l’ouverture de la réunion, qu’il y ait un participation entière des des
ministres lors de la réunion annuelle de la CBI de juin 2009. L’i´deal serait
que les ministres se réunissent avant la réunion de la CBI et/ou en session
parallèle pendans la semaine.
Pour ce qui touche à la facilitation du succès
d’un processus ministériel, plusieurs participants à la réunion ont offert des
suggestions. Un participant a proposé que des émissaires soient envoyés dans
les Etats membres de la CBI avant les réunions de la CBI de mars et de juin
2009 pour mener un dialogue direct avec les décideurs politiques de ces pays
pour garantir leur implication complète et informée puisque la prise de
décision finale leur reviendra. Un autre participant a noté que les Etats ne
collaboreront pour résoudre un problème collectivement que dans les cas où ils
ne peuvent pas le résoudre de façon unilatérale. Il semble qu’à présent, de
nombreux Etats membres de la CBI parmi les pays chasseurs de baleines et parmi
les pays non-chasseurs, recherchent des solutions unilatérales pour résoudre
les problèmes liés à la chasse baleinière, plutôt que des solutions
collaboratives multilatérales parce que leurs actions sont motivées par des
raisons de nature politique qui touchent à leurs opinions publiques nationales;
dans de nombreux cas, le status-quo est confortable au niveau national,
même s’il n’est pas bon pour la conservation. L’une des tâches des membres de
la Commission Pew sur les Baleines pourrait donc être de contribuer au
changement des perceptions des Etats sur les raisons justifiant l’adoption
d’une solution internationale collaborative à l’impasse actuelle en mettant par
exemple la chasse baleinière dans le contexte plus global de la gouvernance
internationale des océans et de la protection environnementale. Sans incitations
susceptibles de motiver les Etats à coopérer sur le plan international pour
trouver des solutions, une initiative au niveau ministériel est susceptible
d’échouer. Il a aussi été suggéré que plus de progrès serait possible avec la
participation des Ministres chargés des affaires étrangères ainsi que des
Ministres de l’Environnement plutôt que des Ministres chargés de la gestion des
pêches, comme c’est le cas pour beaucoup de membres de la CBI.
De la même façon, certains ont affirmé qu’un
engagement au niveau ministériel pourrait également être utilisé en parallèle
pour essayer de placer la réforme de la CBI dans le contexte plus global de
l’adaptation des institutions traitant de la gouvernance des océans. Plusieurs participants ont souligné que la CBI, dont la création remonte à
1949, vivait dans un monde à part et qu’elle devait être exposée plus
pleinement aux institutions et aux politiques modernes de conservation des
océans. La Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer (CNUDM) fourni
maintenant le cadre juridique pour la régulation et la gestion de toutes formes
de vie marine, y compris les baleines et autres cétacés. D’autres organisations
internationales ont récemment revu leur mode opératoire en fonction des
principes contenus dans la CNUDM et mis en œuvre dans l’Accord sur les Stocks
Chevauchant de 1995.
La CBI est confrontée à de nombreux problèmes
de nature institutionnelle, dont certains trouvent leur origine dans la
Convention de 1946 (et ses limites), tandis que d’autres sont le produit des
débats polarisés au sein de la CBI. Paradoxalement, étant donné l’intérêt
public élevé que la question des baleines et de la chasse baleinière suscite,
le succès de la résolution de ces problèmes est susceptible de mener la CBI à
devenir un modèle pour le développement d’une gouvernance responsable des
océans, en particulier vis-à-vis de la garantie d’une plus grande transparence
et de davantage de participation publique. Il a été aussi souligné que la
science de la conservation n’était pas développée en 1946, et qu’il était
hautement souhaitable de mener la CBI actuellement centrée exclusivement sur la
chasse baleinière, vers les enjeux de la conservation des baleines du 21ème siècle.
Les considérations socio-économiques,
culturelles et éthiques doivent être intégrées dans tout débat cherchant à
trouver des solutions pour résoudre le problème de la chasse baleinière et les
enjeux de conservation. Les membres de la Commission Pew sur les Baleines se
sont posés des questions sur les aspects économiques de la chasse baleinière
telles que : qui en bénéficie et à quelle échelle ? Quelle est la pertinence de
la chasse baleinière pour l’économie d’une nation ? Comment peut-on
comparer cela avec les apports économiques et les bénéfices tirés de
l’utilisation non-létale telle que l’observation des baleines ? Dans
quelle mesure l’industrie baleinière est-elle subventionnée directement et
indirectement par les gouvernements des trois pays où elle est maintenue (en
dehors des pays qui autorisent des opérations de chasse aborigène de
subsistance) ? Une recommandation visant à éliminer les subventions
directes et indirectes à l’industrie de la chasse baleinière a reçu un appui
général. A l’occasion des discussions sur l’observation des baleines, il a été
noté que la CBI avait bien progressé sur la question. Cela est utile surtout
pour les pays en voie de développement où l’observation des baleines est une
industrie croissante qui contribue avec succès au développement durable.
Cependant, les pays d’Amérique Latine et les autres parties prenantes cherchent
toujours à ce que la CBI reconnaisse l’utilisation non-létale des cétacés comme
une option de gestion valide bénéficiant par conséquent de l’allocation du
temps et des ressources nécessaires qu’ une telle reconnaissance suppose. Cela
a été décrit comme une question pour laquelle il ne devrait pas y avoir
d’obstacle majeur empêchant un consensus de la CBI , et il a été recommandé que
les pays qui jusqu’à présent s’opposent à la prise en compte complète de
l’observation des baleines par la CBI mettent fin à leur opposition.
Au cours des conversations sur les instruments
de conservation, le rôle de l’observation des baleines comme incitation
importante pour la conversation a aussi été souligné. Avec son chiffre
d’affaire d’un milliard de Dollars annuels au niveau mondial répartis dans les
deux hémisphères y compris dans de nombreuses communautés côtières où cette
activité apporte des avantages au quotidien dans l’esprit des Objectifs du
Millénaire de l’ONU, si elle est bien gérée l’observation des baleines apporte
des revenus importants aux communautés côtières auquels s’ajoutent des
bénéfices pour la conservation.
Au cours de la même discussion, la mise en
place de politiques et législations nationales, régionales et internationales
ont été identifiées comme des outils importants pour la conservation des
espèces, visant à faciliter le repeuplement et à réduire les menaces. Un
grand soutien a été exprimé en faveur de l’élimination de la menace à la
conservation constitué par le commerce international de la viande de baleine et
des autres produits baleiniers, au centre des décisions prises dans le cadre
de la Convention sur le Commerce International des Espèces Menacées de Faune et
de Flore Sauvage (CITES).
Les membres de la Commission Pew ont soulevé
les questions suivantes : Le Comité Scientifique dispose-t-il de tous les
outils et de toutes les informations nécessaires pour faire son travail, et son travail est-il compris par les décideurs politiques ? Certains
participants ont noté un manque de confiance dans le fonctionnement du Comité
Scientifique et que les arrangements actuels ne permettaient pas toujours un
accès complet aux données qui devraient faciliter le travail du Comité. La
pratique actuelle mettant le rapport du Comité Scientifique à la disposition
des commissaires de la CBI un jour ou deux avant la Plénière a été identifiée
comme un obstacle empêchant les preneurs de décision d’adopter des décisions
politiques pleinement informées. Il apparait que cette pratique est
défavorable aux pays en voie de développement souvent dans l’impossibilité de
dépêcher une délégation scientifique complète, et qu’elle contribue au climat
polarisé. Si les deux sessions pouvaient être séparées dans le temps (de
plusieurs mois au minimum) les décideurs dans les capitales seraient mieux à
même d’analyser complètement le rapport du Comité Scientifique et de développer
des positions plus nuancées sur la base d’une information complète.
Les membres de la Commission Pew ont assisté à
des présentations sur la Procédure de Gestion Révisée (RMP) et son Algorithme
des limites de captures (ALC) tous deux développés au sein du Comité
Scientifique après la réalisation de tests rigoureux par simulation
informatique au cours de plusieurs années. L’ALC est une procédure mathématique
complexe qui établit le nombre de baleines qui peuvent être capturées pour un
« stock » donné. Développée en réponse à l’échec des régimes de
gestion précédemment utilisés à la CBI qui ne sont pas parvenus à protéger les
stocks de baleines exploités contre la décimation, cette procédure est basée
sur une quantité minimale d’informations qui peuvent être disponibales de façon
fiable, telles que les inventaires des stocks et les données sur les captures.
La RMP telle que spécifiée dans une résolution de la CBI adoptée en 1994, n’a
pas encore été formellement incorporée à l’Annexe de la Convention
Internationale pour la Réglementation de la Chasse à la Baleine (CIRCB) qui
autorise certains pays à exclure l’application de certaines de ses mesures de
sauvegarde (l’ « opt out »). La Norvège par exemple pratique
actuellement la chasse baleinière en appliquant une version de la RMP
unilatéralement modifiée qui est moins prudente que la version approuvée par la
CBI.
La Commission Pew a envisagé plusieurs options
concernant la gestion et la RMP :
1) Incorporer les spécifications
de la RMP de 1994 dans l’Annexe comme partie d’un processus plus global comprenant
la résolution du problème lié à la possibilité de se soustraire à l’application
de cette procédure et des limites de captures qu’elle génère
(l’ « opt out ») ;
2) Etablir des limites de
captures pour la chasse baleinière côtière en utilisant la RMP adoptée ;
3) Développer une nouvelle
approche de gestion pour la chasse baleinière côtière susceptible de nécessiter
l’acception d’une approche moins prudente et d’un niveau de risque plus élevé
que dans le cas de la RMP adoptée.
Les participants ont établi que l’Option 3
était inacceptable. Il a été globalement reconnu que la RMP telle que spécifiée
en 1994 offrirait un moyen robuste pour gérer la chasse baleinière SI JAMAIS la
CBI prend la décision d’autoriser la chasse baleinière commerciale dans
certaines circonstances. Les participants ont exprimé un soutien global à
l’Option 1. A propos de l’Option 2, un participant manifesta que l’acceptation
de cette option ne devrait pas découler automatiquement de l’Option 1, et
qu’elle devrait être précédée de l’adoption formelle par la CBI d’un régime
règlementant l’activité (le Plan de Gestion Révisé) et d’un accord portant sur
une exception ou une levée du moratoire sur la chasse baleinière commerciale,
au moins en ce qui concerne la chasse côtière.
Les Commissaires Pew ont identifié les prises
incidentes comme une question importante et ont reconnu l’urgentenécessité
de connaître avec plus d’exactitude le nombre et les espèces de cétacés
affectés par ce problème, et de faire des recommandations en vue d’ éviter les
prises incidentes. Un intervenant a expliqué l’importance et la nécessité de
créer des réglementations nationales permettant d’éliminer les incitations
poussant à la récurrence des prises incidentes. Dans les cas où de telles
réglementations contiennent des incitations aux prises incidentes, telles que
l’autorisation de commercialiser les baleines attrapées en tant que prises
incidentes, la Commission Pew a été informée qu’il y avait une augmentation
marquée du nombre d’animaux abattus de cette façon.
Du point de vue scientifique, il est
nécessaire d’agir conformément àl’approche de précaution vis-à-vis de la
répartition de la chasse baleinière et des zones d’inventaire en se basant sur les
connaissances en matière d’identité et de mélange des stocks. L’exemple des
stocks de petits rorquals du Pacifique Nord-Ouest, dont le stock
« J » aujourd’hui décimé, a été mentionné. Ces stocks seraient
vraisemblablement affectés par les opérations de chasse baleinière côtière de
petite envergure (Small Type Coastal Whaling ou STCW) envisagées dans
les propositions du SWG et il est clair que la moindre adoption de telles
propositions devra chercher à se fonder sur la meilleure solution basée sur la
science. Une approche possible a été proposée lors de la réunion.
Les Commissaires Pew ont été informés de
l’importance des mesures de lutte contre la fraude et de mise en conformité. Ils ont conclu qu’il serait sage d’envisager d’adopter à la CBI les
meilleures pratiques applicables au sein d’autres organisations. Cela
pourrait impliquer la mise en place de mécanismes de partage des coûts entre
tous les membres de la CBI pour aider à promouvoir leur adoption et leur mise
en œuvre.
Les Commissaires Pew ont été informés d’un
document (« Préparer une Marge de Sécurité ») préparé par l’Institut
de Recherche sur les Cétacés du Japon décrivant une convention alternative
actuellement envisagée par le Japon pour réglementer la chasse baleinière au
cas où les négociations de la CBI échouent. Les débats des Commissaires Pew ont reflété un consensus général pour que les
efforts collectifs soient voués à rendre la CBI plus efficace, d’où le
soutien souligné par le groupe en faveur du processus lancé au sein du SWG et
pour que la CBI continue d’être l’organisation internationale appropriée pour
la conservation des baleines et la gestion de la chasse baleinière.
Tous les participants se sont accordés pour
reconnaître que les « vieux jours » de la chasse baleinière étaient
destructeurs, irresponsables et ne devaient jamais se reproduire. Plusieurs changements
à la Convention Internationale pour la
Réglementation de la Chasse à la Baleine (CIRCB) ont
été examinés. Ceux-ci allaient des propositions recommandant de réécrire la
Convention, aux propositions recommandant de l’actualiser par l’adoption d’un
ou plusieurs protocoles dans les cas où les changements ne pouvaient pas avoir
lieu par le biais de simples amendements à l’Annexe. Des exemples d’autres conventions
remontant approximativement à la même période que la CIRCB et actualisées de
cette façon, comme la Convention sur la Coopération multilatérale dans les pêches de l'Atlantique nord-ouest
(accord NAFO), ont été mentionnés.
Une liste de réformes possibles de la CBI a
été débattue au cours d’une table ronde lors de la deuxième journée :
- Finaliser et mettre en application la RMP
- Réécrire les dispositions réglementant les
objections et les réserves
- Reconnaître explicitement l’utilisation
non-létale
- Réglementer les prises incidentes y compris
par des sanctions pour les infractions[6]
- Introduire un mécanisme de résolution des
différends
- Impliquer les acteurs de la société civile dans
le processus
- Séparer les processus scientifiques des
processus politiques
- Changer le nom de la CBI pour refléter de
« nouvelles priorités » (par exemple, International Whale
Commission, ou en français Commission Internationale de la Baleine)
- Traiter de l’Article VIII (« chasse
baleinière scientifique » ou par permis spécial)
Il a été demandé aux Commissaires Pew de
classer ces éléments en énumérant leurs trois priorités pour une réforme. Les
trois priorités ayant résulté de cet exercice étaient : 1) Réécrire les
dispositions réglementant les objections et les réserves ; 2) Réglementer
les prises incidentes y compris par des sanctions pour les infractions ;
et 3) Introduire un mécanisme de résolution des différends.
Pour ce qui concerne tout amendement de l’Article
VIII (chasse baleinière par permis spécial), la Commission Pew a été
informée que les droits existants dans le traité ne pouvaient par être éliminés
sans modifier la Convention. Les Commissaires Pew ont envisagé à la place des
suggestions alternatives prévoyant : (1) que les Etats individuels
préservent leurs droits mais déclarent que pendant une période donnée, ils n’en
feront pas usage ; (2) d’exiger l’accord du Comité Scientifique à la
requête de la Commission avant que la chasse baleinière menée à des fins
scientifiques ne puisse procéder, ou (3) de traiter de l’Article VIII dans le
cadre d’un examen plus global de la Convention.
La question la plus contentieuse pour certains
Commissaires Pew était celle de savoir si un échange pouvait être réalisé entre
l’arrêt progressif de la chasse baleinière dans le Sanctuaire de l’Océan
Austral et un quota limité de chasse baleinière côtière de petite envergure
(STCW) comme il est proposé dans le rapport du SWG. Un certain soutien a été
exprimé pour ce type de solution, mais celui-ci n’était pas unanime et la
question continue de faire l’objet de nombreuses oppositions, ce qui rappelle
la nécessité d’une prise en compte au niveau ministériel. Même si un certain
soutien s’est manifesté pour cette voie, de sérieuses réserves ont été
exprimées sur la réouverture de la chasse côtière d’une part, et sur le concept
d’une élimination progressive d’autre part.
Plusieurs participants ont également traité
des différents aspects de la période de 5 ans proposée dans certains
éléments du document du SWG pour la résolution des questions posées. Les
Commissaires Pew se sont accordés pour reconnaître que la CBI pourrait être
capable d’accomplissements considérables au cours d’une période de cinq ans.
Cependant, il a été souligné qu’il fallait faire extrêmement attention pour
garantir que les décisions ne soient pas prises à court terme, surtout dans le
cadre d’arrangements provisoires susceptibles de nuire à la conservation des
baleines dans le long terme. Plusieurs participants ont souligné qu’une période
de cinq ans pourrait être trop longue, et que plusieurs questions réclamaient
une solution plus rapide. Un autre participant rappela que les négociations à
long terme, récentes et actuelles, au sein de la CBI n’ont pas été couronnées
de succès (par exemple, la négociation du Plan Révisé de Gestion est paralysée
depuis 12 ans) et il réclama donc la prudence à propos du délai de cinq ans. Il
a été rappelé qu’un changement réel de la dynamique de négociation était
nécessaire pour espérer un succès.
Les Commissaires Pew ont également noté que ce
calendrier offrait des synergies susceptibles d’améliorer la gouvernance
des océans. Les participants ont été informés par exemple que la Commission
du Développement Durable (CDD) des Nations Unies dédierait son cycle de
2014-2015 à l’examen de la gestion des océans. Cette convergence pourrait être
l’occasion pour la CBI d’une incitation supplémentaire pour réexaminer son
rôle dans la mise en place d’une gouvernance des océans améliorée en incluant
davantage de transparence dans ses procédures et en augmentant l’implication
des acteurs civils d’ici à cette date buttoir.
Eléments ayant mené à un accord
Les conclusions suivantes
reflètent les opinions d’une majorité importante du groupe. Quand cela est
indiqué, certains individus ont manifesté des opinions différentes sur
certaines questions qui ne pouvaient pas réellement être conciliées dans le
cadre d’un consensus unanime.
Etant conscients du fait que toute
négociation internationale nécessite que chaque camp fasse preuve d’un esprit
favorable aux concessions mutuelles, nous attendons avidement la réunion
annuelle de juin 2009 à Madère. Cette réunion offre l’occasion attendue depuis
longtemps de traiter de ces questions, et pourrait servir de cas d’école pour
la communauté internationale sur la façon de gérer et d’améliorer la
gouvernance internationale des océans.
Nous demandons urgemment à ce
que la capacité des délégations à prendre des décisions à Madère soit
renforcée par une participation au niveau ministériel afin de traiter des
questions pendantes au niveau politique le plus élevé. A cette fin, nous
soutenons les actions qui impliquent les acteurs politiques de haut niveau dans
les débats. Nous encourageons le Secrétaire d’Etat du Portugal, Humberto Rosa,
à utiliser ses bons offices pour encourager les ministres des gouvernements
contractants de la CBI à participer.
Nous notons la proposiiton du SWG visant à limiter les produits baleniers provenant de la chasse baleinière côtière de petite envergure japonaise à la consommation locale qui pourrait contribuer à la prévention du commerce international des produits baleiniers et à garantir la lien avec CITES, y compris l'elimination de toutes les réserves de Parties Contractantes à la CITES à propos de la mise à l'Appendice 1 des espèces de baleines. Un participant a exprimé un point de vue différent, arguant qu'il n'etait pas nécessaire d'interdire le commerce des produits baleinières actualles étaient légales et durables et arguant du fait que les pays maintenant des réserves sur la mise des baleines à l'Appendice 1 de CITES maintenaient des registres d'ADN nationaux pour détecter tout commerce illégal éventuel.
La Commission Pew sur les
Baleines a identifié plusieurs étapes susceptibles d’améliorer la
fonctionnalité de la CIRCB et de la rendre compatible avec les normes internationales
actuelles et les autres conventions internationales et régionales sur la
conservation et la gestion des ressources marines vivantes. Des lacunes
institutionnelles affectant la CBI doivent être résolues, y compris en
incorporant un mécanisme de résolution des différends et en améliorant la
procédure sur les objections. Nous avons accueilli favorablement la proposition
du SWG recommandant d’examiner s’il était nécessaire d’amender la Convention
pour refléter les changements affectant les priorités, les mécanismes de
résolution des différends, et les approches applicables à la conservation des
baleines et à la gouvernance des océans intervenus depuis l’entrée en vigueur
de la Convention. Certaines de ces propositions nécessiteraient la tenue d’une
conférence diplomatique en vue de la négociation d’un Protocole à la CIRCB.
Il serait bénéfique d’améliorer
la délivrance des conseils scientifiques aux preneurs de décision. L’une
des solutions possibles consisterait à séparer les réunions immédiatement
successives du Comité Scientifique et de la Commission pour garantir que les
conclusions du Comité Scientifique soient mises à la disposition des
Commissaires de façon cohérente et suffisamment à l’avance.
Il est nécessaire d’améliorer
la transparence et la clarté des procédures du Comité Scientifique et de
revoir les dispositions actuelles sur la confidentialité.
Les décisions doivent être basées sur les meilleures informations scientifiques en prenant en compte l'approche de précaution et les considérations socio-économiques, culturelles et éthiques.
La CBI doit continuer à
traiter de l’observation des baleines pour, entre autre, accorder davantage
d’importance aux utilisations non-létales des baleines en tant qu’option valide
de gestion des baleines, et pour identifier les meilleures pratiques
internationales pertinentes.
Nous avons noté l’importance
des sanctuaires baleiniers à travers le monde et nous avons accueilli
favorablement la proposition pour la création d’un Sanctuaire Baleinier
Sud-Atlantique intégrée dans l’approche du SWG visant à trouver un accord
global au sein de la CBI. Des questions sur la limite de 5 ans proposée dans le
document du SWG ont cependant été soulevées.
Presque tous les membres de
la Commission Pew ont recommandé de chercher à savoir comment, si cela est
possible, éliminer la chasse baleinière par permis spécial dans l’Océan
Austral au plus vite. Pour ce faire, les gouvernements contractants
pourraient, tout en préservant les droits accordés par le traité (au moins à
court terme) choisir de ne pas exercer ces droits sur l’octroi de permis
spéciaux à des fins de recherche, ou de ne pas le faire sans l’accord de la CBI.
Les droits accordés par le Traité pourraient quant à eux être reconsidérés dans
le cadre d’un Protocole issu d’une conférence diplomatique. Un participant n’a
pas apporté son soutien à cette recommandation, précisant que de son point de
vue la chasse par permis spéciaux fourni des informations scientifiques utiles nécessaires
à la gestion des ressources baleinières, et que le droit des Parties à délivrer
des permis spéciaux est un droit fondamental concédé par l’Article XIII de la
Convention. Bien que ces points doivent être pris en compte, le participant
proposa que des négociations sur les programmes de recherche dans les Mers
Australes puissent prendre en considération des mesures volontaires et une
éventuelle réduction du nombre de baleines capturées.
De même, la prise en compte
par la CBI des propositions de chasse baleinière côtière de petite envergure
au Japon a été soutenue par certains participants à condition que cette
activité soit conforme à l’avis du Comité Scientifique de la CBI et que les
risques posés aux populations de baleines ne soient pas plus importants que ceux
posés dans le cadre de l’application de la RMP (et conforme à la celle-ci),
protège les populations de baleines menacées et en danger d’extinction, ne
fasse pas entrave à la récupération des populations décimées, mène à une réduction
des prises incidentes et des infractions dans l’objectif de les éliminer, et
assure que les produits issus de la chasse ne fassent pas l’objet de commerce
international.
Nous avons mis en avant la
nécessité de renforcer considérablement les mécanismes de suivi, de
contrôle, de surveillance, de lutte contre la fraude et de mise en conformité.
Un large soutien s’est manifesté pour que ces mécanismes soient complétés par
des outils de gestion des espèces sauvages, dont les analyses et le suivi ADN
adéquatement contrôlés.
Conclusion
La réunion a conclu avec la conviction qu’avec
suffisamment de bonne volonté, une compréhension exhaustive de toutes les
positions, et l’esprit de concessions mutuelles nécessaire aux négociations
internationales, il serait possible de développer une solution pour résoudre la
nature controversée des questions qui touchent à la chasse et la conservation
des baleines lors de la réunion de Rome en préparation de celle de Madère. La
Commission Pew exprime à nouveau son soutien complet à l’initiative entreprise
par le Portugal en tant que prochain pays hôte de la réunion annuelle de la CBI.
Annexe 1: Liste des membres de la Commission Pew sur les
Baleines (dans l’ordre alphabétique)
Ambassadeur Nobutoshi Akao (Japon)
Juge David Anderson (Royaume-Uni)
Dr. Peter Bridgewater (Président, Royaume-Uni/Australie)
Honorable Barry Cohen (Australie)
M. Modou Diagne Fada (Sénégal)
Gouverneur Parris Glendening (Etats-Unis)
Mme. Madeleine de Grandmaison (France/Martinique)
Dr. Yolanda Kakabadse (Equateur)
M. Juan Mayr (Colombie)
Hon. Jim McLay (Nouvelle Zélande)
Sénatrice Ngoné Ndoye (Sénégal)
Professeur Mario Ruivo (Portugal)
M. Kaliopate Tavola (Fiji)
Sénatrice Elizabeth Thompson (Barbade)
Annexe 2: Présentations d’experts faites devant la Commission
Pew sur les Baleines
Science and Precautionary Management, présenté par le Dr William de la Mare.http://www.pewwhales.org/documents/CLUSTER%201%20-%20Bill%20de%20la%20Mare.pdf
Special Permit and Coastal Whaling, présenté par le Dr Russell Leaper.http://www.pewwhales.org/documents/CLUSTER%202%20-%20Russell%20Leaper.pdf
Compliance and Enforcement, Compliance
and Monitoring, Objections and Reservations, Bycatch and Infractions, présenté par le Professeur Al Gillespie.http://www.pewwhales.org/documents/CLUSTER%203%20-%20Al%20Gillespie.pdf
Conservation Tools: Whales and the IWC, présenté par le Dr Susan Lieberman.http://www.pewwhales.org/documents/CLUSTER%204%20-%20Sue%20Lieberman.pdf
Developments in Ocean Governance, présenté par Maître Duncan Currie. http://www.pewwhales.org/documents/CLUSTER%205%20-%20Duncan%20Currie.pdf
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